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Byzantion nea hellás

versão On-line ISSN 0718-8471

Byzantion nea hellás  no.35 Santiago nov. 2016

http://dx.doi.org/10.4067/S0718-84712016000100011 

ARTÍCULOS GRECIA BIZANTINA

 

 

UNE LETTRE DE IOANNES TZETZES AU PROTOSÉBASTE ISAAC FRÈRE DE L’EMPEREUR BYZANTIN JEAN II

ONE LETTER FROM IOANNES TZETZES TO THE PROTOSEBASTOS ISAAC, BROTHER OF BYZANTINE EMPEROR JOHN II


JEAN DAYANTIS

Centre Nationale de la Recherche Scientifique, France.

Correspondencia:



Résumé: Ioannès (Jean) Tzétzès est un homme de lettres et poète byzantin du 12e siècle qui naît en 1110 après J.-C. et décède après 1180. Il fait partie des historiens, philosophes, poètes, écrivains et autres intellectuels qui prospérèrent lors du rétablissement de l’empire byzantin sous le règne des Comnènes. Poète et commentateur d’Homère, Tzétzès fut aussi un important épistolier. Dans ce qui suit nous nous proposons de traduire et commenter l’une de ses lettres, que nous avons jugée particulièrement intéressante. L’article se termine par une brève comparaison avec un autre écrivain de son époque, Théodore Prodrome.

Mots-clés: Tzétzès, poètes byzantins, épistoliers byzantins, dynastie des Comnènes, Constantinople au 12e siècle, satires byzantines.



Abstract: Ioannes (John) Tzetzes was a poet and a scholar of the twelfth century Byzantium. He was born in 1110 of our era and died after 1180. He belongs to the historians, philosophers, poets and other intellectuals who thrived after the reestablishment of the Byzantine empire during the reign of the Comneni. A poet and a commentator of Homer, Tzetzes was also an important letter-writer. In what follows we shall translate one of his letters, which we have considered to be particularly interesting. The article ends with a brief comparison with Theodore Prodromus, another contemporary poet.

Key-words: Tzetzes, Byzantine poets, Byzantine letter-writers, dynasty of the Comneni, Constantinople in the 12th century, Byzantine satires.



1.- LA GEOPOLITIQUE AU 12e SIECLE

Après la mort de Basile II (976-1025), l’empire byzantin fut gouverné par des empereurs médiocres, voire incapables1. Lors de la bataille de Mantzikert en 1071, l’empereur Romain IV Diogène, soldat valeureux et courageux mais peut-être stratège médiocre, fut battu par le sultan turc seldjoukide Arp Aslan. Suite à cette défaite l’empire fut envahi par les Turcs, qui arrivèrent jusqu’à la côte asiatique du Bosphore, face à la capitale Constantinople. Le redressement commença avec Alexis Ier Comnène (1081- 1018), et lors de ses deux successeurs, Jean II Comnène (1018-1043) et Manuel Ier Comnène (1043-1080), l’empire retrouva en bonne partie sa gloire et son importance internationale de jadis.

Tzétzès, de mère d’ascendance en partie géorgienne, a huit ans lorsque Alexis Ier décède, et sa vie se poursuit au-delà des règnes de Jean II et Manuel Ier, comme le prouve un poème d’oraison funèbre à l’occasion de la mort du dernier de ces empereurs. Il est par conséquent contemporain de la deuxième croisade (1144-1148), qu’il mentionne dans sa lettre 59. Par ailleurs, bien qu’ayant survécu à Manuel Ier, il est fort peu probable que Tzétzès fut encore vivant lors de la troisième croisade (1187-1192), suscitée par la défaite que les Occidentaux avaient subie en Palestine à Hattin en 1187 des mains de Saladin, qui avait repris Jérusalem.

Les Turcs seldjoukides occupaient à l’époque le plateau continental d’Anatolie, mais les Byzantins avaient repris, au nord, la côte de la mer Noire, et au sud celle de la Méditerranée, empêchant ainsi les Turcs seldjoukides d’avoir accès à la mer. En Cilicie avait été fondé à partir de 1072 (donc après la défaite byzantine de Mantzikert) le royaume de la Petite Arménie, par Philarétos Brakhamios, un général de Romain IV Diogène. Dans sa plus grande extension, il allait à l’est jusqu’à Edesse (auj. Urfa), au sud jusqu’à Antioche (auj. Antakya) et au nord jusqu’à Mélitène (auj. Malatya). Chypre était encore aux mains de seigneurs grecs, jusqu’à ce que Richard Cœur de Lion l’occupe sur sa route vers l’orient, lors de la IIIe croisade. Par la suite elle passa au pouvoir de la famille poitevine des Lusignan.

Le long de la côte est-méditerranéenne s’étaient formés, à partir de la première croisade (1096-1099), les établissements latins d’Orient. Au nord- ouest de Constantinople, la Bulgarie actuelle ainsi que la Serbie et les terres jusqu’aux frontières de la Hongrie, faisaient partie de l’empire byzantin. Quant à la Grèce classique, depuis les invasions slaves qui avaient commencé dès la fin du VIe siècle, elle sommeillait d’une douce torpeur. Plus à l’ouest on trouvait le Saint Empire Romain Germanique et bien entendu la France des Capétiens. En Italie, outre Rome, le pape et ses domaines, des cités maritimes italiennes et plus particulièrement Venise, (à qui Alexis Ier avait accordé d’importants avantages commerciaux), prenaient de plus en plus d’importance. Enfin, le sud de l’Italie et la Sicile formaient le royaume normand de Sicile, où régnait la dynastie normande des Hauteville.

Il faut remarquer que la Méditerranée au XIIe siècle était dans son ensemble le siège d’un commerce actif, malgré les dangers inhérents à la navigation de l’époque. Ce commerce servait d’agent de liaison entre les pays qui la bordait. Les principales liaisons maritimes partaient des villes maritimes d’Italie, Venise, Pise et Gênes, pour atteindre soit Constantinople, soit en Méditerranée orientale Alexandrie et Acre. Une autre ligne, qu’on peut qualifier de «musulmane», reliait Alexandrie à Bougie (auj. Bejaia en Algérie-Kabylie) et à Ceuta (de l’autre côté du détroit de Gibraltar, aujourd’hui possession espagnole), où régnaient les musulmans Almoravides puis, à partir de 1147, Almohades2.

II.- ELEMENTS BIOGRAPHIQUES, ŒUVRE ET PERSONNALITE.

D’après Wilson3, Tzétzès dans sa jeunesse fut fonctionnaire, mais il perdit son poste et tomba dans la pauvreté suite à une affaire amoureuse avec l’épouse de son supérieur4. Par la suite il ne se maria jamais et il vécu toujours seul.

Il avait un frère, prénommé Isaac, également homme de lettres, qui mourut jeune, au retour d’une expédition de Jean II Comnène à Antioche en l’an 1138. Il déplore cette mort dans ses lettres 10 et 135. Se plaignant souvent de son indigence (lettres 9, 30), il vivait des rémunérations de ses étudiants, ainsi que des largesses du palais et des ecclésiastiques de haut rang, ses amis. Par ailleurs, il vendait aussi ses livres aux riches que la littérature intéressait. Il se plaint (lettres 2, 17) que des livres qu’il prêtait (à des personnes fortunées ou pas) ne lui étaient jamais retournés. Il se plaint également (lettre 42), que certaines personnalités haut placées cherchaient à s’approprier certains de ses écrits, au détriment de leur vrai auteur. Par ailleurs, il imposait aussi une sorte de taxe (nous dirions aujourd’hui un copyright) pour la copie de ses livres6.

Dans sa vieillesse, il souffrit de dyspnée (probablement l’asthme, selon la lettre 95) qui lui rendait la vie si difficile qu’il souhaitait pouvoir mourir. Cela ne l’a pas empêché de dépasser l’âge de soixante-dix ans.

Tzetzès fut un écrivain prolifique et d’une réelle érudition concernant les auteurs de l’antiquité classique. Son œuvre principale fut une étude allégorique d’Homère. Mais il fit également des commentaires sur Hésiode, Pindare, les tragiques, Aristophane, Lycophron, (poète du IVe siècle av. J.-C. ayant vécu à la cour de Ptolémée II) et Oppien de Corycos, qui vécu au IIe siècle après J.-C., auteur des Halieutiques7.. En tant qu’épistolier, il écrivit 107 lettres, de longueur et intérêt très inégaux. Pour lever les doutes sur les obscurités de ces lettres, il composa un commentaire explicatif nommé les «Chiliades»8.

Jean Tzétzès écrivait ses commentaires en grec ancien, à l’instar, à quelques rares exceptions près, de la totalité des historiens et hommes de lettres byzantins de son époque et des siècles précédents. En effet, imiter les auteurs de la Grèce antique était pour eux un signe de distinction et le fait d’appartenir à l’élite, et nullement une preuve de non-originalité. Si l’homme du peuple, qui parlait le patois constantinopolitain de son époque ne pouvait pas lire et comprendre ses écrits, cela était sans importance, dès lors que les livres, très chers, étaient destinés à une élite instruite et fortunée. Cependant, dans son grec ancien, Tzétzès mêle parfois quelques mots du parler populaire de son époque, ainsi que des mots qui sont, semble-t-il, de sa propre invention. (Voir par exemple la note 21).

Tzétzès n’avait aucune intention de faire ce que nous appellerions aujourd’hui de la sociologie, en d’autres termes décrire les conditions de vie des citoyens de Constantinople de son époque en fonction de leur condition sociale; seuls ses projets littéraires et ses propres intérêts pouvaient l’intéresser. Cependant, certaines de ses lettres nous donnent des renseignements à ce sujet. Ainsi sa lettre 18 est d’un intérêt certain, s’agissant des conditions de vie du citoyen constantinopolitain moyen au 12e siècle. Adressée au mysticos9 de l’empereur, la lettre nous apprend, au milieu de différentes références à la mythologie, qu’il habitait à ce moment une maison de trois étages; elle était entourée de broussailles, et au dessus de lui habitait un pope, père d’une nombreuse marmaille. Ce pope élevait aussi, paraît-il, des porcs dans son appartement10. Notre auteur craignait à la fois le feu éventuel dans les broussailles, d’autre part l’eau et autres liquides (urine?) qui se déversaient de l’étage au dessus dans son logis, à travers des défauts d’étanchéité. Il supplie alors le mysticos, d’éloigner les broussailles et de les remplacer par des habitants comme lui, et de revoir l’étanchéité du plancher au-dessus de lui. Cette lettre tragi-comique, écrite dans un style alerte et spirituel, nous renseigne sur les points suivants: d’abord, que Tzétzès, du moins à ce moment, était locataire et non propriétaire de son appartement ; d’autre part, qu’il habitait loin du centre ville, dans une habitation dégagée, loin des triodes11, réputées sales et dangereuses, qui émergeaient de part et d’autre des axes principaux de la capitale. En effet, il est bien connu que l’espace contenu dans les murailles de la ville comportait des espaces de culture agricole et sans doute aussi de broussailles.

La lettre 57 est également intéressante par rapport à la sociologie, pour sa description de certaines mœurs de l’époque. Elle met en correspondance les problèmes propres de Tzétzès avec ceux des profiteurs ou au contraire des pauvres gens. La lettre est adressée au trésorier de la «Sainte Despina et Augusta» (c’est à dire l’impératrice Irène, première épouse de Manuel Ier, née Berthe de Sulzbach).

Il apparaît d’abord que ses commentaires sur Homère étaient une commande du palais, et que le dit trésorier avait refusé de mieux rémunérer l’auteur, pour qui cela représentait un travail et une fatigue considérables. Il met alors en parallèle le fait que certains profiteurs envoient aux princes quelques figues ou quelques poires et reçoivent en échange, sans se fatiguer, des pièces d’or. Par ailleurs, il observe qu’un jour, un petit vieux dans le besoin, avait dans son voisinage essayé de dérober quelque objet sans valeur. Saisi par les propriétaires et suspendu en l’air, il reçoit de sévères coups de bâton. Alerté par les cris du malheureux, Tzétzès, saisi de pitié, intervient énergiquement et avec l’aide de quelques autres arrête la cruelle correction, qui aurait pu aller jusqu’à la mort de l’individu. Il observe encore, entre autres, qu’il est vrai que, parfois, quelques pauvres gens ou quelques vieilles dans le besoin, achètent pour une pièce de cuivre des poissons ou des pommes et ensuite ils les revendent au marché pour une pièce d’or. Saisis pour ce trafic, ils sont copieusement rossés. Mais, observe-t-il, cette pauvre femme, qui avait peut-être trois ou quatre rejetons à nourrir, devait porter sur son sac les pommes et les remonter sur son dos du bord de la mer au marché; ce que lui-même n’aurait pas accepté de faire même pour un talent. Si elle était prise sur le fait pour ce trafic illicite, la population se serait mise à crier à destination de l’éparque «saisissez-là et crucifiez-là». Pour s’en sortir, la pauvre personne devait laisser à l’éparque et à tous ceux qui l’entouraient l’essentiel de ce qu’elle avait l’intention de revendre. La morale de l’histoire tient en deux mots: les flatteurs et flagorneurs envers les princes reçoivent sans se fatiguer des pièces d’or, les autres ont toutes les peines du monde pour subvenir à leurs besoins.

Pour revenir à lui et clore cette longue lettre, Tzétzès déclare que si quelqu’un comme lui travaille avec sérieux et application pour faire ses traductions et ses commentaires, que vraiment il peine et se fatigue, il doit être rétribué en conséquence; il n’est pas quelqu’un qui sans se fatiguer fait n’importe quoi dans le but de profiter des largesses des princes, comme les profiteurs qu’il avait auparavant stigmatisés.

Absorbé par ses recherches sur le monde antique et ses écrits, Tzétzès n’apporte qu’une attention modérée aux événements politiques et militaires de son époque. Dans sa lettre 59, déjà citée dans la section I, il s’adresse à l’épouse d’un haut fonctionnaire de Manuel Ier, laquelle avait fait un mauvais rêve. La traversée du Bosphore lors de la deuxième croisade (1144-1148) ne s’étant pas faite sans frictions entre les Français de Louis VII, les Allemands de Conrad III et les Byzantins, notre auteur enjoint à la dame de ne rien craindre pour la survie de la capitale de l’empire et que c’est elle qui, au contraire, allait donner une leçon d’humilité aux «Allemands». Dans ses lettres 15, 66 et 94, des événements militaires importants sont mentionnés en passant, pour expliquer des problèmes ou situations qui le concernaient lui-même. Ainsi, dans la lettre 15, il se justifie auprès de l’évêque de Patras, son oncle paternel, expliquant que s’il y eut cette année (en 1138) du retard dans la rédaction des documents relatifs aux impôts, il n’en était en rien le responsable; cela était dû au fait que les fonctionnaires concernés avaient été envoyés auprès de l’empereur Jean II, qui bataillait en ce moment du côté d’Antioche12. Dans la lettre 66, il fait allusion à une invasion des Coumans, car ceux-ci avaient torturé le métropolite de Dristra13, l’un de ses meilleurs amis. De manière très rhétorique et avec de nombreuses références à la Bible, il lui fait part de sa plus profonde sympathie. Dans la lettre 94, il fait allusion à une expédition de Manuel Ier contre les Bulgares. La raison en est qu’il était accompagné d’Irène, sa première épouse ci-dessus mentionnée14, laquelle était sa bienfaitrice, de sorte qu’en son absence ses subsides avaient cessé et que donc la source principale de ses revenus était tarie. La lettre 74 est adressée au médecin de Manuel, kyr-Basile Meguisto. De ton assez spirituel, où il semble se moquer doucement et au deuxième degré de l’homme, cette lettre semble avoir été écrite pour sa dernière phrase, où il estime que les négociations qui avaient lieu en ce moment en Sicile entre Byzance et les Normands de Sicile étaient perte de temps15.

Trois lettres, la 14, la 55 et la 106, concernent l’église de Constantinople et le comportement de certains religieux, que Tzetzès juge indécent et inapproprié. La lettre 14 est adressée au chartophylax16 kyr-Constantin de la Grande Eglise (= Sainte Sophie). Il s’élève contre un moine qui serait un ivrogne et l’auteur de diverses indélicatesses, et prie le chartophylax de ne plus le soutenir. Il mentionne aussi un autre moine qui montait de riches et hauts mulets de façon qu’il soit vu de tous et qui cependant voulait retourner au cloître où il séjournait auparavant. Tzétzès supplie le haut dignitaire ecclésiastique de mettre de l’ordre dans ces cloîtres qui selon lui étaient des lieux de débauche.

La lettre 55, importante, est adressée à la princesse porphyrogénète Kyra-Anne, fille de Jean II. La lettre, où interviennent plusieurs personnages, concerne un prêtre hérétique (bogomile?)17 que le patriarche Michel18 de l’époque avait même menacé de brûler vif. Le beau-fils du dit prêtre abreuvait paraît-il Tzétzès d’insultes et menaçait même de le tuer au couteau, au motif que ce dernier refusait d’appeler son beau-père, le prêtre hérétique, un saint- homme. De son côté, Tzétzès disait qu’il était prêt à se faire justice lui-même et tuer avec ses gens à lui ce beau-fils insolent et médisant du prêtre, n’était-ce pour le respect qu’il devait aux lois et à la princesse. En conséquence, il priait la princesse d’intervenir pour faire la justice elle-même et il concluait sa lettre en promettant que le mot «couteau» n’apparaîtra jamais plus dans ses écrits. Il s’agît manifestement là d’un conflit personnel qui tourne mal, et comme on le verra également dans ce qui suit, Tzétzès était quelqu’un qui s’offusquait facilement de toute médisance à son égard et qui cherchait alors à se venger et à régler son compte à la personne qui avait dit du mal de lui ou lui avait causé quelque tort.

En effet, Tzétzès était un personnage à la mentalité clivante: fidèle semble-t-il à l’amitié et reconnaissant envers ses bienfaiteurs, il ne manquait pas de vilipender sans ménagements ceux qu’il n’aimait pas. Il n’avait pas une petite opinion de lui-même, et prétendait être connu dans le monde entier (lettre 42). Nombreuses sont ses lettres qui montrent une fausse modestie, et dans quelques-unes, ses bonnes et élogieuses paroles à l’égard des destinataires sont proches de la flagornerie19. Bien qu’il prétendit être pauvre et qu’il vécut seul, il fut assisté (en tout cas, on peut penser, au moins durant certaines périodes de sa vie), d’une domesticité qu’il entretenait.

Pour illustrer ce qui vient d’être dit, il eut maille à partir avec au moins l’un de ses domestiques. Il s’agit de sa lettre 104, au long titre de «Jean Tzetzès s’adresse à son serviteur Démétrius Guobinos, au beau nom (= le bien-nommé), qui s’est enfui de ses mains (= de son service) et qui vend de la charcuterie à Philippoupolis»20. La lettre commence ainsi: «Ô, Guobinos, au bon nom, Démétrius fugitif et deux fois nanti, j’apprends que depuis que tu t’es enfui de mes mains, tu te déplaces de lieu en lieu tel un voyou et que maintenant tu as abouti à Philippoupolis où tu touches et remues les intestins pour faire des charcuteries, en te battant avec les chiens pour les bouts de viande et le sang du couteau de boucher»21. Il poursuit en disant qu’il n’a jamais été favorable à l’esclavage et qu’il se privait lui-même afin que ses serviteurs se portent bien. Il ajoute que le dit Démétrius était sûrement au courant de comment d’autres propriétaires traitaient leurs esclaves. Après quoi il élargit le débat et fait, chose peu habituelle chez lui, de la sociologie (de manière plus consciente que dans la lettre 18, ci-dessus évoquée) pour se plaindre des constantinopolitains de son époque. Ceux-ci, dit-il, ont oublié dans leurs maisons les saintes icônes ou autres objets sacrés, pour les remplacer par les chaînes de condamnés et autres objets infâmes. Ils s’intéressent aux vils comédiens qui cherchent à en imposer par leur aspect extérieur et leurs accoutrements bizarres, voire obscènes. Il termine avec une sorte de féroce ironie, en enjoignant à Guobinos de revenir au plus vite dans la Reine des Villes, pour accomplir le treizième exploit22, ceci en faisant des gâteaux de miel, mais toutefois en soignant bien au préalable son aspect extérieur, de sorte que les habitants de la ville l’élèvent en peu de temps au rang d’un grand saint.

Jean Tzétzès déverse ici sa mauvaise humeur, sa bille, sa hargne et son dépit sur le pauvre Guobinos, qui ne supportait plus d’être à son service. Plus important, il fustige énergiquement ses compatriotes constantinopolitains pour avoir perdu le sens du sacré et s’adonner à des plaisirs immondes. Par sa colère paroxystique et son évidente sincérité, cette lettre est à notre avis l’une des meilleures de l’auteur23.

III.- TRADUCTION DE LA LETTRE N° 6 DE JEAN TZETZES


La lettre 6 de Tzétzès, écrite dans sa jeunesse, s’adresse au protosébaste24 Isaac, le frère de l’empereur Jean II Comnène. Typique du style de construction de lettres de notre épistolier, son but tient en deux lignes: il s’agit de réclamer au protosébaste le renvoi de l’un de ses secrétaires qui avait sans doute mal parlé de lui. Cette courte demande est soutenue et justifiée dans la longue lettre que nous traduisons ici. Elle est ornementée de nombreux recours à des personnages de l’Antiquité, qui d’après Tzétzès, seraient des précédents à l’action qu’il entreprenait lui-même à ce moment.

En voici la traduction:

A L’ADRESSE DU SEBASTE KYR-ISAAC COMNENE25

«Les héros anciens des temps passés avaient pour coutume, très glorieux sébaste, que lorsqu’ils s’exilaient loin de leur patrie et qu’il se produisait que certains d’entre eux décédaient en terre étrangère, ceux qui restaient et revenaient à la patrie, prononçaient trois fois son nom. Car selon moi ils croyaient que cette triple interpellation serait entendue par des morts inconscients».

«Pour ce qui me concerne, je ne suis ni un banni de la cité ni un étranger, pas plus qu’un mort dénué de conscience, mais bien dans la cité et parfaitement en vie, et trois fois déjà à leur instar je t’interpelle. En effet, même si j’avais été un ingrat, ma conduite aurait été plus barbare que celle des Romains ausoniens26 au cas où je ne les aurais pas imités. Car, bien qu’ils fussent en quelque sorte des barbares et agissaient en bêtes sauvages, ils ne déclaraient jamais la guerre, selon la coutume ancienne, sans au préalable avoir lancé un javelot en signe d’avertissement; après quoi, ils commençaient les hostilités. Si maintenant cette coutume est conservée encore de nos jours, toi tu devrais le savoir mieux que moi, étant connaisseur de ces choses du fait que de temps à autre tu t’occupes de guerre. Si alors eux, qui étaient des bêtes sauvages et des barbares, ne faisaient pas la guerre, selon l’ancienne coutume, sans au préalable l’avoir déclarée - du moins par le passé sinon aujourd’hui - combien plus moi-même devrais-je m’en tenir à cette coutume, moi qui tiens ma descendance du côté de ma mère à de très nobles Ibères27 et suis un pur Grec du côté de mon père. C’est pour cette même raison que trois fois je t’interpelle, en soutenant de ce qu’a dit Epiménide de Phaistos28: celui-ci étant arrivé dans la ville d’Erecthée29 et après avoir vu Munichie30, qui est un port de cette ville, il réalisa combien celui-ci allait ruiner Athènes. Il dit alors: «l’homme ne connaît pas l’avenir; car si tel était le cas et si les Athéniens pouvaient savoir combien de destructions ce port occasionnerait à leur ville, ils l’auraient déchiqueté de leurs dents». De mon côté et suite à ce que disait Epiménide, je soutiens la même chose s’agissant de Lepréos, ton secrétaire: je te conseille et te supplie de le promener en public sur un âne ou un porc blanchis à la chaux31 et le renvoyer de ta présence, car il s’agit d’un cadavre, d’un épouvantail, d’une ordure, toute à fait étranger à ta noblesse. Si tu ne fais pas cela, tu le retrouveras en situation pire que la pomme de la discorde32. Sache en effet qu’à cause de lui soupirent en Hadès les héros et trois fois bienheureux secrétaires du passé. Hermès, le secrétaire (= messager) commun à tous les hommes et en particulier d’Osiris, le roi des Assyriens33 et Vélésus, ce Babylonien qui faisait office de secrétaire à Arçace, roi des Mèdes, également Palamidès de Naples, Sisyphos de Kos et Dictys de Crète, qui fut l’inspirateur d’Homère, s’agissant de l’Iliade34, et Teukros le secrétaire de Phalaride, ainsi qu’Archimède celui d’Hiéron; de plus les secrétaires des rois de Perse Darius et Xerxès qui ont consigné la guerre de l’Attique, et de même les secrétaires de l’Attique, Kéfalos, Ktisiphon, Timarchos, Démosthène et les autres; suivent Python le Byzantin35 ainsi que le secrétaire de Porsenna le Tyrrhénien36 que le Romain Mokios avait tué alors qu’il espionnait les Tyrrhéniens, l’ayant mépris pour Porsenna; s’ajoutent aux protestataires Denys le Sicilien devenu tyran37, ainsi que le fils du roi Persée de Macédoine38 qui fait prisonnier, devint secrétaire d’un Latin, un particulier qui n’était pas roi; de plus, Somnas et Eliakim, les secrétaires d’Ezekiel, ainsi que Diophante le secrétaire d’Hérode, qui confondu de falsifier les lettres royales, mourut. Et encore les secrétaires de l’illustre reine Cléopâtre, et Philostrate, celui de Julie et tous les autres, qu’il m’est impossible de tous nommer par leur nom "car il m’est impossible de discourir tel un dieu"39».

«Pour la défense de tous ceux qui précèdent mais aussi la mienne propre, je te déclare une guerre sans merci, si l’ayant saisi, tu ne le pousses dehors de ta propre main; car cet individu est lymphatique, laid, infâme et débauché, plus muet et ignorant que les poissons. Sache que si tu ne fais cela, tu me montreras menteur, moi qui te concernant, ai à tout le monde vanté ta sagesse et déclaré que tu étais quelqu’un sachant juger les situations. Tu auras montré que tu n’étais pas celui que l’on croyait, dès lors que tu garderas ce Lépréos, comme s’il était une plante remède, pour ma honte et mon outrage, et ton propre opprobre. Tous les ennemis que nous avons en commun riront de nous. C’est pourquoi je veux t’accuser et apporter à la connaissance de tous,- et surtout de ceux que je connais très bien et qui ont travaillé pour toi, - que je suis convaincu qu’aucun de ceux-là, dès lors qu’ils ont du jugement, ne nous40 accusera d’être devenus méchants, vu que tu nous as obligés de l’être. A moins que de nos jours on juge mauvais que celui qui a été lésé, s’empresse de façon légitime à punir son ennemi ; et si certains, - des railleurs, des insatisfaits de leur sort, des accusateurs, des personnes qui sont tout à fait imprévoyantes et irréfléchies -, voulaient nous accuser de façon inopportune, que ces gens lisent Lysias le fameux rhéteur, le fils de Kéfalos, où il dit que Andocédès avait porté une accusation contre son propre père; s’ils se réfèrent à Eschine, le fils d’Atromitos, ils trouveront que Démosthène avait déposé une plainte contre son neveu, Dimomélès; s’ils lisent Théophraste, ils trouveront que Parménion avait trahi Nikanor; s’ils se portent sur Iosipos41, ils trouveront que les enfants d’Hérode s’accusaient mutuellement auprès de leur père ; l’Agyrien Diodore42 les instruira sur Xermodigeste, Hérodote sur l’épouse de Kandaïlos, Hérodien sur Laitos et Eklectos, Euripide sur Phaidre qui a trahi Hippolite, Orphée comment Hélenos a trahi Troie par ses prophéties, le poète de Chalcide43 qui fit de même pour Antinor, et ce que dit l’originaire de Chéronée44 au sujet de Ouïndikios, et Kokkeianos au sujet de Coriolan, ainsi que Jean d’Antioche45 qui nous apprend comment Agavée mit à mort son fils, et bref, pour ne pas faire trop long sans raison, tous ceux qui s’en sont pris à d’autres».

«Si donc ceux qui précèdent ont accusé de proches parents pour des faits mineurs, voire insignifiants, qui pourrait me reprocher de vouloir t’accuser à mon tour, moi qui ai subi tant de torts de ta part? Ou alors m’a tu pris pour un Margitis46, quelqu’un de naïf et oublieux, ou encore quelqu’un d’insensible comme une pierre? Toutefois, ô très savant Sébaste, les poètes ont attribué des sentiments même à certaines pierres, non pas par ignorance (que Dieu nous garde), mais en raison de leur désir excessif de nous instruire, du fait qu’aucun être humain n’est insensible aux sentiments ou à la douleur. Ainsi le très savant Homère dit que Niobé transformée en pierre versait des larmes au mont Sipy- le47; Denys48 parle de Memnon à la ville égyptienne de Thèbes; quant à Orphée, il prétend que le minerai de fer non seulement parle, mais est même en mesure de prophétiser; par ailleurs, tu as dû entendre, si tu ne l’a pas encore vu toi- même, comment la magnésie attire le fer, ainsi que les amours (= affinités) du vif-argent et d’autres pierres, que je laisse de côté»

«Par conséquent, dois-je paraître encore plus insensible et étranger à la douleur que ces pierres? Mais Sophocle le fils de Sophille, m’interdit de dire que mal savoir penser ne conduit à aucune souffrance; si donc mal savoir penser ne conduit à aucune souffrance, il s’ensuit par opposition que bien savoir penser est la cause de souffrances. C’est pourquoi je ne dois pas me taire en passant à côté de cette souffrance; bien au contraire, elle m’oblige et me stimule, de sorte que dès que l’occasion se présentera, je m’empresserai de punir en toute justice l’ennemi, en tout cas si toi tu étais la cause de la dite souffrance et non pas quelqu’un d’autre. Si donc toi, m’ayant blessé, tu me guéris par la suite, fort bien; mais si tel n’est pas le cas, tu entendras une voix comme celle qu’entendi jadis Marc Keddikius. Car celui-ci entendit une voix venant du ciel qui disait "va bien, ô Marc Keddikius, pour vos injustices, vous recevrez les Galates (= les Gaulois)49". Quant à toi, tu n’entendras pas des voix venant du ciel, mais une voix venant de nous et non pas des Galates, celle de la colère du très juste empereur, si de ta propre main tu ne chasses pas ce Lépréos, ta honte. Mais, comme tu peux le voir, faute de papier, il me faut tomber dans le silence».

On voit que cette lettre de Tzétzès, pleine de colère et d’indignation, se termine de façon bizarre par une sorte de pirouette.

IV.- TZETZÈS ET PTOCHOPRODROME.

Notre motivation première en abordant les lettres de Tzétzès était d’essayer de nous rapprocher de la vie quotidienne des Constantinopolitains du XIIe siècle, d’acquérir ces renseignements complémentaires qui en général sont négligés par les historiens. En effet, ces derniers s’intéressent en premier lieu aux actions des grands personnages de l’Etat, aux grands faits militaires et politiques de leur époque ou des temps passés. La lecture de ces lettres, n’a qu’en partie satisfait notre quête. Tzétzès s’adresse le plus souvent à des personnages diverses, parfois amis et souvent ecclésiastiques, soit pour les remercier de quelque envoi ou de quelque avantage, soit pour se plaindre qu’il est sans nouvelles d’eux, soit encore pour demander le retour de documents prêtés, que les récipiendaires tardaient de lui rendre; dans d’autres lettres encore il s’attaque vigoureusement à des personnages qui lui déplaisaient ou qui avaient pu dire du mal de lui. Cependant les lettres 18, 57 et 104, qu’on pourrait qualifier anachroniquement de lettres «sociales», font exception à la règle et elles ont été brièvement analysées dans ce qui précède.

Tzétzès ne fut évidemment pas le seul poète et littérateur du XIIe siècle byzantin, du siècle de la dynastie des Comnènes. Parmi d’autres noms notables, ses contemporains ou quasi-contemporains, en excluant toutefois les historiens telle l’illustre Anne Comnène, on peut citer Théodore Prodrome50, Constantin Manassès51, Michel Glykas et parmi les ecclésiastiques, Michel Italikos et Nicéphore Basilakès52. Dans aucune de ses lettres il n’est fait mention à l’un quelconque des personnages ci-dessus, ce qui conduit à la conclusion qu’il correspondait uniquement avec le cercle étroit de ses amis ou bienfaiteurs, ou encore, comme cela vient d’être dit, à des personnes qui le critiquaient ou ne lui avaient pas rendu des écrits prêtés.

Nous voudrions tenter ici une rapide esquisse comparative des caractères et personnalités de Tzétzès et Prodrome, ce dernier étant peut-être la personnalité la plus marquante des noms ci-dessus cités, en insistant plus particulièrement sur ses poèmes satiriques; en effet une analyse philologique comparative des textes de ces deux écrivains, sortirait du cadre ce court article. Du reste, des auteurs plus compétents que nous s’y sont déjà intéressés. D’une certaine façon, on peut dire que les poèmes satiriques de Prodrome, écrits en langue vulgaire, nous apprennent au moins autant, sinon plus, sur les mœurs, les goûts et les habitudes de la société constantinopolitaine du XIIe siècle, que l’ensemble de la correspondance de Tzétzès.

Pour commencer cette succincte comparaison, débutons par les concordances. L’un comme l’autre de ces deux personnages, se plaignent de ne pas arriver à vivre convenablement de leur plume, et demandent l’assistance de hauts personnages de l’Etat ou de l’Eglise; mais ils ne le font pas tout à fait de la même manière: Tzétzès le fait de façon tantôt plutôt discrète et allusive (lettre 94) ou nettement directe (lettres 9, 30); en revanche dans ses poèmes-satires, Ptochoprodrome le fait de manière constante, insistante et impérative, tout en restant respectueux à l’égard de leur destinataire, l’empereur.

Les concordances s’arrêtent là, alors que les divergences sont plus nombreuses et évidentes. En premier lieu, les deux caractères sont très différents: face à l’ascétique et solitaire Tzétzès, qui à la limite pourrait vivre de pain et d’eau fraîche (lettre 19), on trouve un Prochoprodrome qui par nature est bon vivant et qui serait heureux de faire bonne chère et vivre avec sa nombreuse famille dans l’aisance sinon le luxe, ce que ses revenus ne le lui permettaient point. D’où ses pressantes demandes à l’empereur pour améliorer ses conditions de vie. Du point de vue de la langue utilisée par ces deux poètes, les différences sont aussi considérables. Tzétzès écrit uniquement en langue antique, sauf que, vu qu’à son époque la langue, les usages et les mœurs avaient bien évolué depuis l’antiquité classique, il est bien obligé de-ci de-là d’introduire quelques mots de la langue populaire qui n’avaient pas d’équivalent classique (cf. la note 21). En revanche Prodrome, (en admettant bien sûr que Prodrome et Prochoprodrome furent un seul et même personnage), écrit à la fois en langue antique classique mais aussi dans la langue populaire de son époque et dans ce dernier cas volontairement, sans contraintes ni restrictions. Du reste, c’est l’un des rares témoignages que nous possédions de la langue populaire dans la Constantinople du XIIe siècle. La comparaison peut s’étendre au «spectre» des intérêts littéraires des deux auteurs: celui de Tzétzès est manifestement plus restreint. En effet, son travail est surtout un travail d’érudition, dont il se sert pour faire ses commentaires sur des auteurs de l’Antiquité et plus particulièrement Homère; ses lettres sont la partie de son œuvre la plus originale53, et il prend grand soin à leur donner une forme littéraire soignée et accomplie, comme le prouve sa lettre 76, où il dit qu’il l’a polie à partir d’un premier brouillon, qu’il avait du reste de la peine à déchiffrer. Les lettres comportent des obscurités, pour lesquelles il a écrit son poème d’explication et de clarification, comme cela a été dit, en vers de quinze syllabes (dits politiques), les «chiliades» (voir la note 8); le poème comporte une majorité de passages historiques d’allure didactique sur des personnages mythiques ou réels du passé. Les écrits qui ne sont pas des commentaires d’auteurs de l’Antiquité sont relativement peu nombreux, on y trouve en particulier un poème sur la mort de l’empereur Manuel Ier, et une vie de sainte Lucie.

V.- CONCLUSION

En conclusion, quelle est la place occupée par Jean Tzétzès dans l’ensemble de la production intellectuelle (hagiographique, poétique, historique, philosophique, romanesque) de la longue histoire de Byzance Ce court article ne peut avoir la prétention de répondre à cette question, puisque son propos se limite à l’évocation de quelques-unes de ses lettres, celles qui nous ont semblé les plus intéressantes, ainsi qu’à la traduction complète de l’une d’elles; pour le lecteur amoureux de l’histoire et de la civilisation byzantine, en particulier francophone mais pas seulement, il manque une monographie spéciale traitant de la personne et de l’œuvre de Tzétzès dans son intégralité.

Ceci dit, on peut considérer ici quelques critères actuels (et partiels) d’évaluation de l’importance de son œuvre de nos jours, en d’autres termes de sa postérité. Ainsi dans le catalogue des œuvres possédées par les universités françaises (Service Universitaire de Documentation, ou Sudoc-Abes), on trouve un total de 46 références pour Jean et Isaac Tzétzès et de 54 pour Théodore Prodrome, des chiffres à peu près équivalents. La plupart des publications (en incluant les éditions princeps) sur Jean Tzétzès ont été faites en Allemagne ou en Italie, un certain nombre en Suisse et aux Pays-Bas, seulement deux en France et en Angleterre. En somme, Tzétzès a été négligé en France. Prodrome l’a été moins, en raison en particulier de ses satires prodromiques, très commentées (par exemple travaux entre autres de Dirk Hesserling- Hubert Pernot et H. Eideneier).

Certes, il est juste que Tzétzès conserve la place qui lui revient parmi les auteurs importants du XIIe siècle byzantin, et qu’il soit mieux connu, en particulier en France et dans le monde francophone; toutefois il ne peut nullement être comparé aux plus grands esprits que Byzance a vu naître, comme par exemple le patriarche Photios au IXe siècle ou Michel Psellos au XIe, qui font l’objet d’une juste célébrité. Ni l’originalité de ses écrits, en dépit de son activité d’épistolier, ni l’élévation de sa pensée ne le justifient.

Si cet article pouvait inciter le lecteur, amoureux comme il a été dit de l’histoire de Byzance mais dont le nom de Tzétzès lui est inconnu, à en savoir davantage sur ce poète et écrivain, son modeste but aura été atteint.

NOTES

1 Il faut excepter Isaac Comnène (1057-1059), qui n’a toutefois pas eu le temps pour mener à bien ses réformes.

2 Isabelle Augé, La Méditerranée au XIIe siècle, p. 27. Pour le Almoravides et les Almohades, p. 27; pour les routes maritimes, p. 67.

3 N.G. Wilson, Scholars of Byzantium, p. 190. Il s’agit du préfet de Berroia en Macédoine.

4 Il a dû vendre pour vivre la bibliothèque qu’il avait pu déjà constituer.

5 La fin de cette lettre prouve qu’il avait encore d’autres frères qu’Isaac, mais qui n’ont pas laissé de trace dans l’histoire.

6 Les livres étaient chers et manuscrits par des copistes et seules les personnes fortunées pouvaient les acquérir. L’imprimerie a été inventée par Gutenberg bien après le 12e siècle.

7 L’ensemble de l’œuvre de Tzétzès peut être lue gratuitement sur internet au lien Jean Tzétzès de Wikipedia.

8 Le titre exacte donné par l’auteur est Livre d’histoire en vers politiques (= vers de 15 syllabes). Les chiliades (= les milliers), forment un ensemble de 12674 vers où sont explicités des passages obscures de ses lettres, mais qui contiennent aussi de nombreuses références de nature didactique, sur des personnages ou héros de l’Antiquité. Le titre est dû à son premier éditeur, l’éditeur de la Renaissance Nicolas Gerbel de Bâle, qui en 1546 a découpé l’ensemble en 13 chiliades (=milliers de vers), la 13e restant incomplète. Le titre de chiliades est resté.

9 Le mysticos était chargé dans la chancellerie impériale de la correspondance secrète de l’empereur.

10 On peut quand-même se demander, si pour des porcs, un appartement clos à l’étage, avec tout le lisier et autres incommodités qu’ils produisent, était un endroit acceptable et autorisé; d’autant plus, qu’un espace couvert d’herbes était disponible autour de l’habitation, où il aurait été tout à fait loisible de prévoir une porcherie adaptée. Peut- être est-ce là un effet de style de l’écrivain?

11 Constantinople n’était pas bâti avec des carrefours, où quatre directions sont possibles, mais avec des embranchements avec trois directions possibles, comme les branches qui sortent du tronc de l’arbre.

12 Sans doute pour que l’empereur où ses fonctionnaires compétents signent les reçus.

13 Les Coumans étaient un peuple semi-nomade turc venu des steppes de l’Asie. Ce sont les Polovtsy des Russes. Fin du XI début du XIIe une partie s’établit en Valaquie et en Moldavie, au nord du Danube, d’où ils effectuaient des raids sur l’empire byzantin. Par ailleurs Dristra, probablement une déformation de Dorostolon, était une ville bulgare sur le Danube, auj. Silistra. (Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, carte p. 21.).

14 Manuel Ier épousa en 1146 en premières noces Berthe de Sulzbach qui fut renommée par les Byzantins Irène. Elle protégea les poètes dont Tzétzès mais décéda en 1160. Manuel épousa en 1161 en secondes noces Marie d’Antioche (1145-1182).

15 En 1147, les Normands de Roger II avaient envahi la Grèce et pillé Corinthe et Thèbes. Peu après commencèrent des négociations entre Manuel et les Normands qui n’aboutirent pas, donnant ainsi raison à Tzétzès.

16 Le chartophylax (= gardien des documents) était le plus haut dignitaire de la cathédrale Sainte Sophie et la personnalité ecclésiastique la plus importante dans l’empire après le patriarche. A l’origine directeur des archives et de la bibliothèque patriarcale, son sceau, sous les Comnènes, couvrait toutes les activités du patriarcat. (Voir Louis Bréhier, Les institutions de l’empire byzantin, p. 398 ss.).

17 Les Bogomils étaient une secte hérétique, qui devait son nom au pope bulgare Bogomil, qu’Alexis Ier Comnène avait fait brûler au bûcher. Nous empruntons à Georges Ostrogorsky, Histoire de l’Etat byzantin, p. 295, les extraits suivants: «Comme le Paulicianisme, qui remonte lui-même à l’ancien Manichéisme, le Bogomilisme est une doctrine dualiste: le monde est régi par deux principes, le bon (Dieu) et le mauvais (Satanaël), la lutte entre les puissances contraires commande tout le cours de l’univers et de l’existence humaine. Le monde visible tout entier est l’œuvre de Satan et, comme tel, voué au mal…les Bogomiles ont pour idéal une religion purement spirituelle et un régime de vie rigoureusement ascétique. » Les Cathares du midi de la France auraient été une excroissance du Bogomilisme oriental.

18 Dans la lettre interviennent deux patriarches: Ioannès (Jean) et Michel. Aucun de ces noms ne figure dans la liste des patriarches de Constantinople à l’époque de Tzetzès, donnée en fin d’ouvrage par Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society.

19 Par exemple dans sa lettre 80 à Léon Charsianitès, métropolite de Dristra, l’un de ses amis ecclésiastiques. Ses vigoureux éloges au métropolite sont précédés par une aussi vigoureuse déclaration sur l’insignifiance de sa propre personne.

20 Philippoupolis, aujourd’hui Plovdiv, en Bulgarie.

21 Cette phrase contient plusieurs mots qui n’existent pas dans le dictionnaire Bailly de grec ancien et qui par conséquent n’étaient pas utilisés dans l’Antiquité. Plus précisément, il s’agit des mots suivants: κυνοβόρα, χορδέυω, et μαγδαλιά. Tzétzès en effet mêle parfois à son grec ancien un certain nombre de mots de son époque, probablement d’origine populaire. Le premier de ces mots signifie sans doute la nourriture de chien, et le deuxième, si c’est un verbe dérivé de χορδή (soit la corde de instrument de musique à boyau mais aussi l’andouille, le boudin), signifie toucher aux intestins de l’animal. Quant au mot μαγδαλιά, «c’est en fait un mot très rare qui signifie le morceau du pain sans croûte qu’on utilise pour "nettoyer son plat" ou ses mains de la graisse» (dictionnaire Dimitrakos).

22 Allusion sans doute aux douze travaux d’Hercule.

23 Cette lettre pose le problème suivant: Guodinos, être sans doute fruste, était-il en mesure de saisir le sens de la lettre, écrite en grec ancien? On sait que depuis la suppression à Byzance du théâtre, les orateurs et rhéteurs lisaient certaines de leurs œuvres en public. Vu sa longueur et sa composition moralisante, il n’est pas sûr que Tzétzès l’aie jamais adressée à son ex-serviteur, et même s’il l’a fait, elle était à notre avis plutôt destinée à être lue devant un auditoire sélectionné, une petite élite de lettrés.

24 La dignité de protosébaste a été institué par Alexis Ier Comnène, lors de sa révision de la titulature byzantine. Elle était accordée à des proches parents de l’empereur, ici le frère de Jean II.

25 Kyr est l’équivalent de l’anglais Sir plutôt que du français Sire, en principe réservé au souverain.

26 Laissant de côté diverses origines mythiques, d’après Strabon (Géographie V,3, la Sabine et le Latium), les Ausoniens, voisins des Osques, étaient les premiers habitants de la Campanie, avant d’être réduits ou assimilés par Rome. Toutefois pour Tzétzès, les Ausoniens sont les premiers Romains.

27 L’Ibérie de la mer Noire, en d’autres termes la Géorgie actuelle.

28 Epiménide de Phaistos était un magicien et devin crétois du 6e siècle avant J.C.

29 Athènes.

30 Munichie était une colline du Pirée, aujourd’hui iiddeennttiififiée avec Castella. Dans l’antiquité elle avait aussi désigné l’un des ports du Pirée, aujourd’hui appelé Microlimano.

31 Le plus grand opprobre que l’on pouvait faire à Byzance pour ridiculiser et abaisser quelqu’un consistait à le promener dans l’hippodrome sur un âne à califourchon et regardant la queue de l’animal, alors qu’il était houspillé et insulté par les spectateurs.

32 Le mythe de la pomme de la discorde concerne la dispute des trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite pour savoir laquelle était la plus belle. Finalement, Pâris décida pour Aphrodite.

33 Lapsus calami de Tzétzès qui voulait sans doute dire «roi des Egyptiens».

34 D’après les «chiliades» de Tzétzès, ce Dictys avait suivi Idoménée, roi de Crète, lors de l’expédition des Grecs contre Troie, dont il écrivit la chronique, laquelle inspira Homère.

35 En 344 avant J.-C., Python est envoyé par Philippe II de Macédoine en ambassade à Athènes, proposant aux Athéniens une révision du ler traité de 346 avant J.C.dans un sens favorable aux Athéniens. D’après les «chiliades» de Tzetzès, Démosthène craignait Python même quand celui-ci fut mort. «Le byzantin»: il s’agit bien sûr d’un byzantin de la ville de Byzance, la colonie des Mégariens sur le Bosphore, qui donna ensuite son nom à l’empire byzantin; la ville agrandie fut appelée Constantinople à partir de 323 après J.-C.

36 Les Tyrrhéniens sont les Etrusques. Porsenna fut d’abord le roi de Clusium (auj. Chiusi) au centre de la dodécapole (= ligue) d’Etrurie (sensiblement la Toscane actuelle). En 508 avant J.-C. il marche sur Rome, pour rétablir la royauté (étrusque) des Taquins sur la ville, et il.

37 Il s’agit de Denys l’ancien (env. 431-env. 367 av. J.-C.), né à Syracuse, d’abord fonctionnaire puis tyran à partir de 405 av. J.-C. Il mena trois guerres contre les Carthaginois de Sicile, d’abord avec succès, mais la dernière a abouti à un désastre. Craignant constamment d’être assassiné, il s’entourait de toutes les précautions possibles. De lui date l’expression courante encore aujourd’hui, «avoir une épée de Damoclès au-dessus de sa tête». (Encyclopaedia Universalis.)

38 Persée fut le dernier des rois macédoniens antigonides (de Antigonos, successeur d’Alexandre le Grand en Macédoine), battu par les Romains à la bataille de Pydna en 168 avant J.-C.

39 Iliade M, 176.

40 On remarquera en ce point le passage insolite du singulier au pluriel.

41 Il s’agit de Flavius Josèphe, Juif et citoyen romain, né en 37 apr. J.-C., qui écrivit La guerre des Juifs contre les Romains.

42 Diodore de Sicile est né à Agyrium en Sicile; contemporain de César, il rédigea en grec sa Bibliothèque Historique en quarante volumes, dont une vingtaine nous sont parvenus.

43 Il s’agit de Lycophron de Chalcis en Eubée, poète du IVe siècle av. J.-C., qui vécut en Egypte à la cour de Ptolémée II Philadelphe. Tzétzès fit des commentaires sur son seul poème parvenu à nous, Alexandra.

44 Il s’agit de Plutarque, l’auteur des Vies Parallèles des hommes illustres, né à Chérronée près de Delphes vers 46 après J.-C. et mort vers 125.

45 Jean d’Antioche était un chroniqueur du VIIe siècle. Il a écrit la « Chronique historique », qui va d’Adam jusqu’à l’an 610 après J.-C. Seuls des fragments de son œuvre nous sont connus. Il ne faut pas le confondre avec son homonyme, Jean d’Antioche, patriarche d’Antioche de 429 à 441-42. Ce dernier, partisan de Nestorius et du nestorianisme, s’opposa au patriarche Cyrille d’Alexandrie. (The Oxford Dictionary of Byzantium, vol. 2, p. 1062).

46 Probablement quelque personnage de l’époque de Tzétzès, réputé pour être exceptionnellement débonnaire et dénué d’esprit de revanche.

47 Dans la mythologie, Niobé fille de Tantale, se targuait d’avoir les plus beaux enfants du monde, en se moquant de ceux de Léto; ses enfants furent alors tués par les enfants de Léto, Artémis et Apollon. Prise de frayeur et d’épouvante à la vue de ses enfants morts ou agonisants, Zeus eut pitié d’elle et la transforma en pierre, laquelle cependant continuait à verser des larmes. Le mont Sipyle: il est en Asie Mineure (Turquie actuelle), du coté de Smyrne, proche de la mer Egée.

48 Denys d’Halicarnasse (environ 60 av. J.-C., après l’an 8 avant J.-C.). Il vint jeune à Rome où il a complété son éducation. Il est surtout connu pour avoir écrit les Antiquités romaines, l’histoire de Rome depuis les origines en 20 livres, dont les onze premiers nous sont parvenus.

49 D’après Plutarque, un honnête citoyen Romain, Marc Keddikius, prévînt les Romains de leur désastre prochain face aux Gaulois, en raison de leurs anomies.

50 Théodore Prodrome a écrit de la prose et des poèmes à la fois en langue savante et en langage populaire de son époque, les fameux poèmes du Ptochoprodrome. (Ptochoprodrome = Prodrome l’indigent). Nous n’entrerons pas ici dans les infinis débats entre spécialistes, dans le but de savoir si le respecté poète de cour, écrivant en langue savante, et le famélique solliciteur d’assistance auprès de l’empereur, écrivant en langue vulgaire, sont un seul et même personnage. Nous admettrons ici que Théodore Prodrome et le Ptochoprodrome ne sont pas deux (ou plusieurs) personnages distincts, mais un seul; du reste seul le quatrième poème ptochoprodromique, celui du jeune moine persécuté par ses supérieurs du monastère, fait référence à un certain moine Hilarion le Prochoprodrome, qui pourrait être un personnage différent de Théodore Prodrome. Nous suivons sur ce point la position de Athanasios Papadopoulos –Kerameus ainsi que celle de A.P. Kazhdan.

51 S’agissant de Constantin Manassès, voir le récent article d’Elisabeth Malamut sur «l’Odoiporikon» de l’écrivain, compte rendu de l’écrivain sur l’ambassade de Manuel Ier en Palestine en 1160-62, ambassade dont il fit partie.

52 Sur Constantin Manassès et Nicéphore Basilakès entre autres, voir aussi Ingela Nilsson dans Papers from the Conference «Byzantine Days of Istanbul», Dean Sakel éd., Istanbul 2010 p. 121-131.

53 C’est aussi son œuvre la plus souvent éditée et commentée à toutes époques, en particulier en Allemagne. Les lettres sont groupées en deux ensembles, un premier de la lettre 1 à la lettre 69, et le second de la lettre 70 à la lettre 107. Curieusement (mais ce n’est pas la seule ambiguïté ou mystère qu’on trouve dans les lettres de Tzétzès), il déclare en tête du second ensemble que le premier lui à été volé par quelqu’un (qui?), lequel l’a revu et modifié selon ses désirs avant publication. N’empêche que la publication a été faite par Tzétzès lui- même. En revanche les intérêts de Prodrome sont bien plus vastes, son spectre des écrits bien plus varié et étendu. Ainsi, outre ses fameux poèmes ptochoprodromiques, il a écrit des vers en langue classique célébrant les règnes de Jean II et Manuel Ier et il a également loué ses services de poète ou d’écrivain à des membres éminents du palais ou de l’aristocratie; en philosophie, il a fait des commentaires sur les Seconds Analytiques d’Aristote; en théologie, il a fait des commentaires sur Jean Damascène; en tant que romancier, il a écrit le roman en vers bien connu de Rhodante et Dosiclès, ou encore le poème burlesque de la Catomyomachie, qui raconte la guerre entre un chat et une sourie. Il a aussi composé des calendriers qui nous sont parvenus. Et ce n’est là qu’un résumé succinct de son activité littéraire.

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Recibido:17.12.15 Aceptado: 26.01.16

Correspondencia: Jean Dayantis

E-mail: jeandayantis@aol.com

Doctor en Ciencias Universidad Louis Pasteur, Estraburgo. Doctor en Historia Universidad Paul Valéry, Montpellier. Chargé de Recherche del Centre Nationale de la Recherche Scientifique de France (retraité)

Dirección: 12 rue de l’Olivette, 34570 Pignan, France.

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